Les Instants

« Chaque être individuel, chaque événement, bien que placés en ordre de succession, appartiennent à un seul et même temps. Rien, pas même un grain de poussière, n’est exclu de ce temps, de ce maintenant tel que nous le vivons, le « maintenant vivant »
Introduction de Charles Vacher au « Uji » (être-temps) de Dogen Zenji

A la mort de mes parents, j’ai hérité plusieurs mètres d’albums de photos. Une grande partie contenait des photos prises lors de nombreux voyages que mes parents ont effectué à partir du moment où je suis partie de la maison. A cela s’ajoutaient les véritables albums de famille avec des photos de ma famille maternelle et paternelle. Toutes les photos avaient en commun un nombre incalculable de visages qui souvent me regardaient. Que faire avec tous ces regards, tous ces visages, tous ces corps, bien vivant à l’instant que ces photos étaient prises ?
Je ne pouvais pas m’en débarrasser, comme je me débarrassais des objets ou des meubles de la maison. Les photos avaient un autre statut. Mais en même temps je n’avais ni la place, ni l’envie de m’encombrer avec ces êtres immobilisés et compressés entre les pages des albums poussièreux.
C’est alors que j’ai décidé de découper les photos et d’en faire une matière à création. J’ai découpé et crée pendant plusieurs années de différentes manières pour aboutir à plusieurs séries d’œuvres. Les Instants étant la dernière série, elle a donné le nom à l’installation dans son ensemble. Chaque photo est un instant et restera un instant et pendant le travail de collage, chaque instant a rejoint un autre, s’est croisé et imbriqué. La question de la succession des moments, de la mémoire, du souvenir a perdu son importance. A la place de la mémoire et du souvenir sont née des « être-temps » du « maintenant vivant ».



